RUES D’ODESSA – LES NOTES DU RÉALISATEUR

« RUES D’ODESSA est le troisième et dernier opus d’un travail consacré aux pays «étant ou ayant été communistes» : la TRILOGIE ROUGE.

Ce projet documentaire m’a transporté de la Chine à l’ex-URSS en passant par Cuba.
Pour chacun de ces films, j’ai effectué des séjours d’environ un mois en immersion totale dans la ville .
Seul, caméra au poing, j’ai sillonné les rues à raison de 15 voire 20 kilomètres par jour, tentant de récolter des éléments épars pour reconstituer une certaine image de la Ville.
Une ville dans la ville, mythique, immergée sous la modernité.

L’élément déclencheur du projet, ce sont les Jeux Olympiques de 2008.
J’ai appris, un an avant l’ouverture des Jeux, l’objectif du gouvernement chinois de « nettoyer » Pékin, à savoir débarrasser la mégapole de ses éléments « vétustes » : 70% de la vieille ville ainsi effacés de la carte.
Ni une ni deux, j’ai ramassé mon baluchon et ma caméra pour aller prendre trace avant qu’il ne soit trop tard. Ce qui a donné RUES DE PÉKIN.

J’ai poursuivi le projet en explorant Cuba et son communisme des Tropiques.
RUES DE LA HAVANE montre une ville usée mais puissante où s’entremêlent grandeur architecturale et luttes quotidiennes.

Pour RUES D’ODESSA, le travail s’est un peu compliqué.
L’Ukraine n’est plus sous le joug soviétique depuis une vingtaine d’années et la ville s’est largement occidentalisée.
Difficile donc de trouver ce que je recherchais : les petits métiers, les gestes traditionnels et les habitudes anciennes.
D’autant que les personnes âgées (principales détentrices de cette culture) y sont réfractaires à la caméra.
Mais je me suis accroché, j’ai marché et observé longtemps pour rapporter un matériau authentique.

avant première

Odessa est une belle ville, verte, ouverte et bigarrée. C’est également une ville de légende.
Eisenstein y a tourné « Le Cuirassé Potemkine » et Dziga Vertov « L’homme à la caméra », deux œuvres qui ont marqué mon parcours de cinéphile et de cinéaste.

Avec ce troisième opus, une boucle est bouclée.

Explorer ces trois villes si différentes m’a laissé une conviction solide : dans les remous du modernisme, quelque chose demeure.
C’est difficile à définir.
C’est une force, une manière de vivre que les individus transmettent de génération en génération.
Une culture populaire qui vient de loin et qui, sans support écrit ni même verbal, résiste au nivellement du progrès.
Comme ces plantes transperçant le bitume pour trouver la lumière… »

Pablo Tréhin-Marçot